Production éthique des vêtements : peut-on produire à l’étranger de manière responsable ?
- 16 avr. 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
La production éthique des vêtements est souvent associée à la proximité géographique. Un vêtement fabriqué près de chez nous serait spontanément perçu comme plus responsable qu’un vêtement confectionné à plusieurs milliers de kilomètres.
La réalité est pourtant plus complexe.
Le pays de fabrication est un critère important, mais il ne suffit pas à déterminer à lui seul si un vêtement a été produit de manière responsable. Conditions de travail, choix des ateliers, matières, qualité de confection, volumes fabriqués, transport ou encore traçabilité doivent également être pris en compte.
Alors, peut-on produire à l’étranger tout en restant cohérent avec une démarche de mode responsable ? Et quels critères permettent réellement d’évaluer la façon dont un vêtement a été fabriqué ?

Production éthique des vêtements : de quoi parle-t-on vraiment ?
Parler de production éthique ne consiste pas simplement à regarder une étiquette indiquant un pays de fabrication.
Il faut s’intéresser à l’ensemble de la chaîne de production : où et comment les matières sont produites, dans quelles conditions le vêtement est confectionné, quelles relations la marque entretient avec ses fournisseurs ou encore quelles quantités sont mises sur le marché.
Une production plus responsable repose donc sur plusieurs dimensions à la fois : sociales, environnementales et économiques.
Aucun critère pris isolément ne permet de résumer toute la réalité d’un vêtement.
Le pays de fabrication ne dit pas tout
La mention « Made in » apporte une information utile, mais elle ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Deux vêtements fabriqués dans un même pays peuvent avoir été confectionnés dans des conditions très différentes. À l’inverse, produire loin de son marché de distribution ne signifie pas nécessairement que les conditions de fabrication sont mauvaises.
La localisation reste néanmoins importante. Produire plus près peut faciliter les échanges avec les ateliers, raccourcir certaines étapes logistiques et permettre un suivi plus direct de la production.
Mais la véritable question devrait être moins « dans quel pays ce vêtement a-t-il été fabriqué ? » que « dans quelles conditions et selon quels critères a-t-il été fabriqué ? »
Les conditions de travail et le choix des ateliers
Le choix des partenaires de production est évidemment central.
Une marque doit chercher à comprendre les conditions dans lesquelles ses vêtements sont confectionnés : organisation du travail, sécurité, respect des réglementations locales ou encore pratiques sociales de l’atelier.
Les audits et certifications peuvent apporter des éléments de contrôle supplémentaires, mais la relation construite avec les fournisseurs est également importante.
Travailler avec des partenaires identifiés, développer des collaborations dans la durée et mieux connaître leur fonctionnement permet de sortir progressivement d’une logique où l’atelier serait uniquement sélectionné sur le prix proposé.
La responsabilité passe aussi par cette relation : savoir avec qui l’on travaille et pourquoi on a choisi de travailler avec lui.
La matière compte autant que le lieu de confection
La confection n’est qu’une étape de la fabrication d’un vêtement.
Avant d’arriver dans un atelier, une matière a elle-même suivi plusieurs étapes : production de la fibre, filature, tissage ou tricotage, teinture et finitions.
La composition du vêtement, la qualité des fibres, le grammage et les traitements utilisés ont donc également leur importance.
Une matière considérée comme plus responsable ne garantit pas automatiquement un vêtement de qualité, tout comme une fibre naturelle n’est pas nécessairement supérieure dans toutes les situations.
Il faut regarder le produit dans son ensemble.
La qualité de confection participe notamment à la durée pendant laquelle une pièce pourra être portée. Matière, coupe, coutures et finitions sont autant d’éléments utiles pour reconnaître un vêtement de qualité.
Produire loin : la question du transport
La distance parcourue par un vêtement fait naturellement partie des critères à considérer.
Produire à plusieurs milliers de kilomètres implique généralement davantage d’étapes logistiques entre l’atelier et le marché sur lequel le vêtement sera vendu. Le mode de transport utilisé a également son importance : acheminer des marchandises par bateau, camion ou avion n’entraîne pas les mêmes impacts.
Pour autant, le transport ne constitue qu’une partie de l’empreinte environnementale globale d’un vêtement.
La matière, les procédés de fabrication, les quantités produites, la durée pendant laquelle la pièce sera utilisée et son entretien participent eux aussi à son impact.
L’enjeu est donc de regarder l’ensemble du cycle de vie du vêtement, plutôt que de réduire la question environnementale à sa seule distance de fabrication.
Produire moins pour limiter la surproduction
La responsabilité d’une marque ne dépend pas uniquement de l’endroit où elle fabrique.
Les quantités produites sont également déterminantes.
Fabriquer davantage que ce que l’on peut réellement vendre génère des stocks, mobilise inutilement des matières et de l’énergie et pose ensuite la question du devenir des invendus.
Produire de manière plus mesurée suppose donc aussi de mieux ajuster les quantités aux besoins réels.
Les petites séries, l’analyse des ventes ou encore la précommande peuvent permettre de réduire une partie de cette incertitude.
C’est notamment dans cette logique que nous nous intéressons à la précommande comme outil pour développer une mode plus responsable.
Pourquoi HEDES a fait le choix d’une production européenne
La manière de produire HEDES a évolué avec la marque.
Certains de nos vêtements étaient déjà confectionnés en Europe dès les premières collections, notamment nos tee-shirts au Portugal. Depuis 2025, nous avons fait le choix de réaliser l’ensemble de notre production textile en Europe.
Ce choix permet notamment de rapprocher la confection de notre marché principal, de simplifier certains échanges avec les ateliers et de travailler avec des partenaires sélectionnés pour leur savoir-faire et leurs pratiques.
Pour autant, nous ne considérons pas qu’un vêtement devient automatiquement responsable simplement parce qu’il est fabriqué en Europe.
La qualité de confection, les matières choisies, les conditions de production et les quantités fabriquées restent tout aussi importantes.
Notre démarche consiste donc davantage à améliorer progressivement chaque étape de la conception et de la production, plutôt qu’à résumer notre engagement à une seule origine géographique.
La transparence : permettre de mieux comprendre ce que l’on achète
Il est difficile pour une cliente d’évaluer un vêtement si elle ne dispose d’aucune information sur sa fabrication.
Composition, pays de confection, origine des matières lorsqu’elle est connue, certifications ou engagements de la marque sont autant d’éléments qui permettent de faire un choix plus éclairé.
La transparence ne signifie pas nécessairement qu’une marque est parfaite sur tous les critères. Elle consiste aussi à expliquer ce qui est déjà fait, ce qui peut encore être amélioré et pourquoi certains choix ont été réalisés.
Cette information permet ensuite à chacun de décider quels critères sont les plus importants
dans ses propres achats.
Vers une mode plus transparente et plus responsable
Produire à l’étranger et produire de manière responsable ne sont donc pas nécessairement deux notions incompatibles.
À l’inverse, produire à proximité ne suffit pas, à lui seul, à garantir qu’un vêtement soit responsable.
La réalité se trouve dans l’ensemble des choix réalisés : les matières, les ateliers, les conditions de fabrication, les volumes, la qualité, le transport et la transparence.
Chez HEDES, le choix d’une production européenne depuis 2025 constitue une étape importante de cette démarche, mais il s’inscrit dans une réflexion plus large : concevoir moins de modèles, sélectionner les matières avec attention et chercher à proposer des vêtements que l’on aura envie de porter longtemps.
Cette approche rejoint plus largement les principes de la slow fashion, qui invite à repenser la manière dont les vêtements sont conçus, produits, achetés et portés.
Car finalement, une mode plus responsable ne repose probablement pas sur une solution unique. Elle repose sur une succession de choix plus réfléchis, de la conception du vêtement jusqu’à la manière dont nous décidons de le porter.



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